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M. Bahout s’est dit honoré et ravi de partager avec l’audience l’impact sur l’avenir du Liban de transformations géopolitiques structurantes dans l’attente des élections américaines en novembre 2020 et des élections iraniennes en juin 2021.

1-    IMAGE GLOBALE : Échéance des élections américaines du 4 novembre 2020.
Tout d’abord, quel que soit le vainqueur, les résultats ne seront pas concluants car la guerre d’usure législative et constitutionnelle va perdurer. Une prudence relative s’impose :

A-    Si Joe Biden est élu,
-    La prise de pouvoir effective sera en novembre 2021.  La période de transition peut être utilisée pour opérer des pressions.
-    La mise en place de nouvelles équipes est souvent conflictuelle.
-    La période de latence après les élections: crise du Covid-19, crise économique, crise en Asie, etc…pourrait causer une diversion et entraîner le délaissement du dossier iranien.
-    Il devra ranimer le canal de négociations avec l’Iran sur la question nucléaire; ceci est très problématique dans une région qui a beaucoup changé. L'accord historique du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPoA) signé en 2015 (mandat du Président Obama) prévoyait une réintégration de l'Iran dans l'économie internationale en échange d'un gel et d'un démantèlement partiel du programme nucléaire iranien.

B-    Si Donald Trump est réélu,
Il devra renégocier cet accord (JCPoA) avec l’Iran alors que le contexte régional a beaucoup changé et que le Koweït et Oman, par exemple, n’ont plus la même position d’intermédiaires discrets.

2-    CHANGEMENTS ATTENDUS DANS LA REGION :
    Continuité dans l’allègement de la présence américaine dans la région.
    La question israélo-palestinienne : Après la proclamation de Jérusalem comme capitale d’Israël, liquidation de l’approche ‘La Terre contre la Paix’ et de ‘La solution à deux États’.
    Les priorités des Américains ont changé : Ils sont devenus les premiers exportateurs de pétrole, la guerre froide avec l’URSS / la Russie n’existe plus. La guerre cybernétique et les sanctions bancaires (SWIFT) deviennent des priorités.

3-    ECHEANCES REGIONALES PAR RAPPORT AU LIBAN :
    Echéance des élections présidentielles iraniennes dans 6 mois.
    Echéance des élections présidentielles syriennes en 2021.
    Echéances des législatives libanaises en 2022 et fin du mandat actuel.

A-    Si J. Biden est élu :
Il est tenu de raviver l’accord nucléaire avec l’Iran pour s’assurer que l’Iran ne deviendra pas un État nucléaire. Le désir de revenir à la table des négociations sera plus difficile pour les Américains.

B-    Si D. Trump est élu :
Avec l’esprit d’un homme d’affaires, il cherchera à faire plier l’Iran pour l’amener en position de faiblesse à la table de négociations. Il s’engagera à distance dans un bras de fer avec l’Iran et ceci aura des conséquences sur le Liban sur le plan sécuritaire et économique (attentats, crises, sanctions, …). Mais le retour des Iraniens à la table de négociations sera très difficile (refus de l’Iran d’admettre combien les sanctions ont étés néfastes pour leur pays).

Tous ces éléments sont difficilement palpables quant à leur capacité de nuisance à la région.

4-    ENTRE-TEMPS, LA SITUATION DU LIBAN :
    Pour l’Administration du Président Trump, le dossier Liban n’existe pas. Le Liban représente un chapitre dans le dossier iranien. L’objectif est de ramener l’Iran à genoux à la table des négociations : Stratégie des sanctions maximales.
    L’Intervention française : Un grand hiatus que beaucoup de personnes n’ont pas compris : Depuis le 17 octobre 2019, le langage des camps américain et français est le suivant :
a)    Les Américains : Le Liban s’écroule, mais nous ne ferons rien ; la stratégie de pression maximale continuera.
b)    Les Français : Nous voulons éviter l’effondrement total du Liban (liens historiques d’amitié, francophonie, intérêts divers, …). Entre-temps nous soutenons le Liban. Proposition d’un gouvernement de Mission : Redressement du secteur de l’Électricité, du secteur bancaire, etc.,
    Si rien ne se passe, et que les grandes puissances portent leur intérêt sur d’autres causes comme la crise de l’Arménie- Karabakh, la Corée du Nord ou autre, le Liban continuera à subir les sanctions, les performances du gouvernement resteront chaotiques et pas de négociations avec le FMI en vue. Effondrement lent.

Il faudra envisager la possibilité de scenarios extrêmes : Violences latentes, Armement informel, …

Il y a également des questions qui sont essentiellement libanaises qui subissent des contraintes régionales :
    Comment peut-on vivre ensemble ?
    L’état de l’économie ;
    Les pertes subies ;
    L’export des jeunes cerveaux.

Entre-temps, nous pouvons contribuer à résoudre certaines questions internes : comme par exemple la production d’électricité, les secteurs de l’Économie, de l’Industrie et de la Communication.

5-    CONCLUSION
Quel que soit l’accord ou l’équation régionale auxquels nous allons aboutir dans le futur proche, il s’agit de préparer à minima notre devoir afin d’accuser le coup le mieux possible.

Le Professeur Joseph Bahout a été vivement applaudi.