M. El Hafez a choisi de parler d’Économie : « Comment la conscience collective aboutit à des conclusions que je ne partage pas. »

Après le 17 octobre 2021, un sentiment général de rejet de la classe politique s’est fortement développé. Accusations de corruption et d’incompétence à l’égard des gouvernants.

Economie : Système économique basé sur des taux d’intérêts trop élevés, accompagnés de services défectueux. Pas de subventions…

Pour faire face au défi social, le sentiment général était qu’il fallait baisser les impôts, augmenter les contributions de l’Etat et trouver une solution au surendettement. Il faut donc juger les coupables, rapatrier les fonds perdus et éliminer la corruption.

18 mois après, ce sentiment général a changé : Le changement est impossible, la situation de faillite irréversible, l’État s’est effondré ; il faudra des décennies pour se relever.  Il faut quitter le pays ; ou du moins encourager la jeune génération à quitter.

Politiquement, nous sommes limités à deux niveaux : Le système qui ne fonctionne pas et les dirigeants incapables.
Economiquement, le taux d’échange de la Livre est maintenu artificiellement ; les ingénieries financières, l’inflation, le déficit fiscal, … Tout ceci conduit par une classe gouvernante corrompue.

Par contre aucune attention n’a été accordée aux activités illégales du Hezbollah qui leur ont fait subir d’ailleurs des sanctions directes ou indirectes de la part des pays arabes et amis. Un poids très lourd qui pèse sur le système et qui ne peut pas être ignoré.

La moitié pleine du verre reste néanmoins : Les actifs de notre patrimoine.
L’État existe toujours ; l’infrastructure étatique est toujours présente. L’économie, malgré des secousses très violentes fonctionne toujours avec, sans aucun doute, une moindre efficacité.

Le système bancaire a lui aussi réussi à préserver son infrastructure. Si certaines conditions sont assurées, il est prêt à redémarrer. Les actifs ne sont pas pleinement utilisés mais ils sont là. Il y a les réserves en devise étrangères à la Banque Centrale ; la richesse immobilière, les institutions comme Telecom, EDL,… Une capacité d’attirer des devises étrangères entre 6 et 8 milliards par an; une liquidité courante en devises étrangères de plusieurs milliards gardés en dehors du système bancaire.
Le passif de l’état en devises étrangères qui s’élève à plus de 30 milliards de dollars est aujourd’hui négociable à plus de la moitié et pourrait être échelonné sur plusieurs années. Le passif en LL, la dette, a dépassé les 65 milliards de dollars n’a plus qu’une valeur de 8 milliards de dollars aujourd’hui.
On pourrait comparer cette situation économique à celle de 1993 qui était bien pire que notre situation actuelle.

Je propose d’analyser deux scénarios extrêmes :

1.    Solution politique établie ; un plan de redressement économique approuvé localement et internationalement ; et accompagné d’un plan de support financier étranger.  La confiance se rétablira et l’économie suivra.  Personnellement je n’y crois pas.

2.    Une continuation du marasme actuel. Avec ou sans gouvernement ; avec ou sans élections législatives, il n’y aura pas de changement profond. Alors quel scénario économique se présente?
    L’apocalypse : la livre va s’effondrer davantage,
    Les entreprises vont fermer par milliers, etc., … Ceci est probable surtout dans les cas de surprises, comme l’explosion du 4 août, Covid 19 ou une guerre avec Israël.
    Nous prévoyons que les subventions vont cesser.  
    Le dollar, le vrai, deviendra la monnaie d’échange.  
    Une grande vague d’émigration.  
    Les salaires dans le secteur privé seront payés en dollars, mais à des niveaux beaucoup plus bas qu’en 2019.
    De nombreuses entreprises ne pourront pas s’adapter et fermeront et de nouvelles entreprises les remplaceront.
    Les banques se réorganiseront autour du dollar frais ;
    L’immobilier reste une possibilité attrayante et les valeurs continueront à baisser.
    Le PIB se stabilisera au niveau actuel et recommencera à remonter.  
    Le secteur du tourisme sera le moins touché grâce à l’afflux de la diaspora libanaise ;
    Beaucoup d’employés du secteur public démissionneront et émigreront et la qualité du service de l’État va baisser davantage.  
    Il y aura une amélioration de l’export (2 à 3 milliards de dollars qui augmenteront de 50%) ;
    Les fonds d’aides sociales internationales continueront à nous parvenir.  

En résumé il n’y aura plus de place pour tout le monde. Mais avec un coût réduit de la main d’œuvre et de l’immobilier et une concurrence moins grande, le cycle économique permettra à ceux qui ont des liquidités en devises, et à ceux qui n’ont pas le choix, de survivre une longue période assez noire.